mercredi, janvier 20, 2010

La Décroissance Économique


La décroissance économique. Pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale
Un ouvrage sous la direction de Baptiste Mylondo (Editions du Croquant, 2009)

Par Arnaud Evrard [1]

La décroissance est ici le centre thématique de l’ouvrage collectif dirigé par Baptiste Mylondo. Recherche & Décroissance est une association réunissant des chercheurs de plusieurs disciplines universitaires et qui a pour but de produire des analyses sur les questions de décroissance et donc de toute remise en cause de la croissance. Véritable collaboration interdisciplinaire, le recueil se divise en trois grandes parties, la première établit un état des lieux de la croissance économique. La deuxième s’intéresse aux alternatives déjà mises en place, se révélant être des exemples marquants du changement. La troisième et dernière partie travaille sur les limites concevables et les transitions menant vers la décroissance.

Fabrice Flipo (« Les racines conceptuelles de la décroissance »), philosophe, introduit le concept de décroissance, et fait part de son apparition, en citant Nicholas Georgescu-Rogen ou encore Cornelius Castoriadis, et énumère les nombreux constituants de la « pensée décroissante », notamment la presse. On peut citer les journaux comme La Décroissance, Silence, L’Âge de faire, l’Ecologiste ou encore la revue Entropia. Continuant sur les débats qui ont pu avoir lieu ces dernières années entre la presse et la politique afin de souligner le clivage des propos entre le gouvernement et les objecteurs de croissance. Enfin, il attribue cinq sources à la décroissance et celles-ci offrent des dimensions permettant au lecteur de comprendre que la décroissance est en fait la synthèse de plusieurs revendications nées il n’y a pas si longtemps.

Roefie Hueting (« Pourquoi soutenabilité écologique et croissance économique sont très vraisemblablement incompatibles »), économiste et statisticien, s’intéresse au revenu national écologiquement soutenable (RNS). La construction de cet outil de mesure fut impulsée dans les années soixante par le service des statistiques environnementales des Statistiques nationales néerlandaises. Il est défini comme « [...] le niveau de production maximum garantissant, à technologie donnée, une préservation des fonctions écologiques vitales pour les générations futures. » Il permet de mesurer l’écart qu’il y a entre celui-ci et le revenu national. L’auteur décrit ensuite les difficultés que l’on peut rencontrer quand on construit cet indicateur. Pour lui, croissance économique et soutenabilité écologique ne vont pas de paire. Une politique écologique affaiblit la croissance, accroît le nombre de travailleurs pour un même produit, et fait augmenter le prix de revient d’un produit ce qui entraîne une diminution de la production.

Vincent Moreau et Gregor Meerganz von Medeazza (« L’économie se dématérialise-t-elle ? Étude des cas de l’Allemagne, de la Chine et de l’Espagne ») mettent en avant les différentes études réalisées sur les indicateurs économiques permettant de mesurer l’impact de la croissance économique sur l’environnement. Ils évoquent la théorie des écologistes industriels qui considèrent que la dématérialisation est un processus qui n’épuiserait pas les ressources naturelles et n’affaiblirait pas la croissance économique. Mais ils l’a démentent en rappelant à quel point les nouvelles technologies sont gourmandes : « L’utilisation efficace d’un aspect du système peut par exemple se faire au détriment d’une autre, comme l’efficacité énergétique des logements qui nécessitent souvent des matériaux isolants supplémentaires. » La consommation intérieure de matière (CIM) est un indicateur qui comparé au PIB, permet de juger de la matérialisation d’un pays. Cependant la masse du commerce extérieur (MCE) rend mieux compte des charges environnementales déplacées à l’étranger. En prenant l’exemple de l’Allemagne et de la Chine, ils expliquent comment il est possible de distinguer une dématérialisation relative d’une dématérialisation absolue. De même, ils reviennent sur l’efficacité énergétique en insistant sur sa relative efficience qui a tendance à déboucher sur un effet rebond. L’effet rebond n’est malheureusement pas assez pris en compte par la Stratégie de Lisbonne sur laquelle s’attarde Thomas Schauer (« La Technologie au secours d’une croissance virtuelle ? »).

François Schneider (« Sur l’importance de la décroissance des capacités de production et de consommation dans le Nord global pour éviter l’effet rebond ») élabore plus loin dans l’ouvrage une description très dense des formes que peut prendre ce qu’on peut aussi appeler l’effet de Jevons. Pour rappel, la stratégie de Lisbonne, mise en place par le conseil européen en 2000, visait l’établissement d’une Europe dont l’économie de la connaissance se voyait la plus compétitive du monde d’ici 2010. Elle mettait en avant une croissance économique durable. Suite à un échec celle-ci fut revisitée en 2005. Tout en citant les travaux de John Stuart Mill, Herman Daly et Thomas Malthus, Christian Kerschner (« Décroissance économique versus état stationnaire : approches complémentaires ou contradictoires ? ») appuie la thèse selon laquelle il faut privilégier un état stationnaire de l’économie humaine (EDEES). Il aborde la question de population à travers les travaux de Thomas Malthus (Malthusianisme) qui ont été mis à tord par l’histoire mais qui relativisée au concept de décroissance et de stabilisation économique retrouve tout à fait son sens. Décroissance et EDEES deviennent complémentaires pour Kerschner.

Frédéric Heran (« Le mythe des effets positifs de la vitesse en agglomération ») démontre en s’appuyant sur des travaux de J. Poulit (Ingénieur des Ponts et Chaussés) qu’à court terme la vitesse augmente l’accessibilité, mais pas à long terme. L’hyperchoix qu’entraîne la multiplication des accessibilités dérouterait le consommateur. Au final, ce qu’essaye de mettre en avant l’économiste Frédéric Heran est tout simplement le fait qu’en améliorant les technologies logistiques et de transports urbains, afin de promouvoir une meilleure accessibilité, nos sociétés n’ont pas pu contrôler l’effet rebond engendré. La vitesse n’est donc pas un facteur d’amélioration de la qualité de vie, a contrario elle a tendance à y nuire. « Une société qui manque d’espaces favorisant la rencontre et surtout la création publique, tend à atomiser ses membres et à les rendre dépendants de structures intermédiaires telles que le Marché ou l’État. » affirme Matthieu Lietaert (« Décroissance dans le voisinage - Analyse des habitats groupés »), politologue et activiste. A travers les témoignages récoltés au Danemark, en Suède et aux Pays-Bas on fait connaissance avec des cohabitants (habitat groupé). Leur quotidien en est bouleversé : ils partagent des salles communes, des outils ménagers, ils troquent et se rendent mutuellement des services (garde des enfants par exemple). Un mode de vie qui de plus favorise la prise de conscience d’une écologie responsable individuelle comme collective. Selon Jo Williams, vivre en cohabitant permettrait de réduire jusqu’à 50% ses émissions de CO2.

« Si la société de croissance a un ventre, il est certainement occupé par les supermarchés. » pour citer Tommaso Venturini (« Retours vers le futur : Eataly et la réinvention des supermarchés »). Bruno Scaltriti (« Révolution Slow Food versus révolution génétique ») et lui-même reviennent sur l’importance de l’agriculture biologique et de son lien avec la décroissance, ils citent les AMAPs ou les CSA aux Etats-Unis comme exemples d’alternatives et présentent le mouvement Slow Food qui lutte contre la Gene Revolution. Claude Llena (« Bonheurs de la décroissance »), introduit une critique économique fondamentale ; la croissance économique n’apporte pas le bonheur. Comme il dit « [...] l’argent permet d’acquérir une maison, mais pas un foyer, un lit mais pas le sommeil, ... » De même il témoigne d’une expérience vécue respectivement dans le quartier populaire Paul Valéry et avec l’Université Populaire (UP) de Montpellier. Globalement, il critique le productivisme, ses indicateurs de performance (PIB...), ses externalités négatives et déplore l’absence de valeurs humaines, qui sont la véritable source de richesse, le bonheur en soi.

Pour introduire la dernière partie, Pascal Van Griethuysen (« Pourquoi sommes-nous « accros » à la croissance ? »), économiste à l’Institut universitaire d’études du développement de Genève, cible les obstacles de la décroissance. Il préconise de subordonner les intérêts économiques aux impératifs écologiques, à l’opposé de ce qui se passe aujourd’hui, il énumère les contraintes que les agents économiques rencontrent pour rester en compétitivité dans le circuit des profits. Seuls les plus puissants peuvent attirer des financements extérieurs et donc peuvent financer des recherches afin d’innover, d’être encore plus productif et compétitif, ce qui élimine les concurrents, qui eux ne sont pas assez développés. Les grands groupes acquièrent une influence inégalable sur le marché économique.

Le sociologue Romano Onofrio (« Les enjeux anthropologiques de la décroissance ») change de ton en soulignant les paradoxes des concepts de Serge Latouche, considéré comme le chef de fil de la décroissance en France. Selon lui, ce dernier privilégierait trop la vie humaine pour la vie humaine elle-même ; il faudrait défendre la vie humaine car c’est ainsi, morale injustifiable. L’homme serait exposé à un "non sens" alors même que c’est justement ce "non sens" qui est la problématique actuelle. Les ingrédients institutionnels de la décroissance sont les mêmes qui ont donné naissance à la modernité occidentale, à la croissance au développement. Cette critique est très intéressante car elle pose la question épistémologique de la décroissance, question non sans réponses certes mais très peu travaillée dans la plupart des ouvrages sur le sujet.

Ernst Schriefl, Andreas Exner, Christian Lauk et Kostantin Kulterer (« En route pour la décroissance. Scénarios de transition et visions désirables du futur »), tous les quatre membres du Social Innovation Network, exposent des transitions du type Life Maintenance Organisation (LMO), éco-socialisme, jardins urbains de Détroit ou encore le Red Global de Trueque en Argentine. Ceci rappelle que de nombreux exemples existent historiquement et internationalement. Enfin, dans la dernière partie de l’ouvrage est incluse la déclaration finale de la première conférence internationale sur la décroissance économique pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale, ayant eu lieue à Paris en 2008. Celle-ci recadre l’intérêt et l’objectif d’un tel projet et ainsi suggère des réformes profondes de nos institutions politiques.

La décroissance économique : Pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale, apporte de nouvelles connaissances et de nombreux exemples à la décroissance. Le concept baigne souvent dans le doute ou la confusion au sein de l’imaginaire collectif ce qui a tendance à décrédibiliser celui-ci. Les différentes contributions rejoignent presque à chaque fois l’idée que notre société, une fois diagnostiquée, doit absolument repenser la croissance économique qui nuit de plusieurs manières à l’environnement mais aussi et surtout à la démocratie.

[1] Etudiant en Sociologie - Lille 1

Mythologie des cités-ghettos


Mythologie des cités-ghettos
Un ouvrage de Jean-Marc Stébé et Hervé Marchal (Le Cavalier Bleu, Coll "MythO !", 2009)

Par Arnaud Evrard [1]

Tous deux sociologues à l’université de Nancy-2, Jean-Marc Stébé et Hervé Marchal ont pour objet dans cet ouvrage de déconstruire le mythe des cités-ghettos afin d’élucider son sens objectivé. Roland Barthes disait : « [...] Le mythe est une parole choisie par l’histoire... ». Et aux deux sociologues de confirmer « que le mythe des cités ghettos est adossé au mythe de la banlieue, banlieue vue alors comme un territoire lointain hors du jeu urbain et comme une sorte de foyer actif d’où viendrait le mal » (p 7). En effet, depuis trop longtemps, les Français sont confrontés à des clichés, des images péjoratives, déformées et catégorisant une population complexe mythifiée par plusieurs institutions et les citoyens eux-mêmes ; ce qui rend la tâche concrètement plus délicate aux spécialistes de la question. Leur réflexion s’articule autour de trois chapitres visant à comprendre comment le mythe s’est petit à petit fait entendre par le sens commun, comment il agit et avec quels acteurs sociaux et quelle complexité structurelle alimente celui-ci. Le mythe y est vu comme une image négative visant à déformer diaboliquement et inconsciemment celle-ci. L’impact social n’est pas des moins considérable.

Premièrement, selon les auteurs, le mot « ghetto » tiendrait son origine historiquement (1516) en Italie (gietto) désignant une fonderie proche d’habitats juifs. L’exemple des juifs montrerait comment le mythe juif se serait nourri de l’ignorance envers la culture juive, la microsociété juive, mise à l’écart pour des raisons religieuses. Depuis le Moyen-Âge, les exemples se réitèrent sans cesse jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Cela se construit depuis les temps modernes du fait d’informations partielles sur la cible ghettoïsée, le ghetto devient une image qui peut très bien être relayée par l’art cinématographique ou le théâtre, les auteurs ne manquent pas d’exemple sur la question. A Paris, la périphérie du XIXe siècle est vue comme la « zone » qu’il faut éviter car ce sont les industries polluantes, les cayennes, les espaces de marginalité. Ensuite, revenant sur la construction des Habitat à Bon Marché (HBM) puis un peu plus tard des HLM, ils soulignent la rupture qui se marque entre l’espace urbain et l’espace péri-urbain. Le mythe est bien présent, en béton, à la verticale et s’offre aux yeux des citadins. Les grands ensembles sont nés, prêts à envahir les représentations collectives. Malgré les ambitions (qui pourraient sembler hypocrites de nos jours) des architectes et des hommes politiques Français des années soixante, ces grands ensembles vont se révéler l’anti-symbole de la mixité sociale, a contrario justement de toutes ces espérances exprimées. Les auteurs pensent que le mythe des cités-ghettos puise son existence « dans la réalité historique du ghetto juif et de la zone ». De même, intrasèquement, le paradigme mythique s’adonne à des oppositions et c’est en cela qu’il se renforce. In fine, les ghettos noirs américains, au cœur des villes, les inners cities s’apparentent aux ghettos français, ces premiers ayant pour caractéristiques d’être des espaces de violence et des espaces où règnent une homogénéité ethnique.

Dans le chapitre deux, les deux auteurs soulignent à quel point les médias entretiennent le mythe voire l’intensifie en dramatisant les phénomènes de violences en banlieue, tout cela dans le but de faire un maximum d’audience. Globalement, ils expliquent comment la classe moyenne rejette la classe populaire au sein de l’espace urbain : « [...] souhaitant se construire un « moi idéal » en opposition à cet habitant [...] réduit à une épure, à une figure péjorée... » (p 50). Encore une fois, ils mettent en avant le fait que la classe moyenne participe à la production du mythe des cités-ghettos. Ce dernier alimente une vision du monde, c’est l’imaginaire collectif qui permet de donner sens à une réalité déformée par les médias et la politique. La réflexion est un peu tautologique mais elle revient à bien appuyer finalement que le mythe est un fait social collectif et non individuée contrairement à l’utopie.

La mixité sociale, très défendue par la sphère politique, est aussi un mythe qui s’aligne sur celui des cités-ghettos. « Naturalisé » et même « sacré » pour parler comme les auteurs, il fait référence selon eux à d’autres mythes qu’ils regroupent en trois parties : la ville haussmannienne de la seconde partie du XIXe siècle, la ville post-industrielle des années cinquante/soixante, et enfin les cités utopiques de la fin du Moyen-Âge et du XIXe siècle. Ils dénoncent ces trois approches (qu’ils qualifient respectivement de postulat éthologique, substantialiste et utopique) que certains hommes politiques entretiennent autour du mythe de la mixité sociale. Ils décrivent chacun de ces postulats, malheureusement sans trop développer cette remise en cause qui pourtant semble aller de soi. Ces postulats s’appuient sur des modèles anciens qui n’ont pas réellement de sens et/ou de compatibilité avec les ambitions actuelles en matière de cohésion sociale. Il est dommage qu’ils ne citent pas d’hommes politiques pratiquant ce genre de postulat.

« [...] Le fait d’habiter un quartier regroupant une population pauvre ou porteuse d’un même stigmate est-il toujours socialement pénalisant ? » (p 77). Les auteurs ont raison de préciser que la solidarité intrinsèque aux groupes sociaux stigmatisés est très forte dans certains quartiers du monde et que la mixité sociale, éparpillant les habitants, n’aurait pas les mêmes vertus solidaires. Ils citent les travaux de F. Frazier [2], de M. Dear [3] et de S. Cattacin [4] à propos de ces questions. Un tout autre problème est souligné, les HLM ont tendance à favoriser les classes moyennes dans l’acquisition d’appartements, ce qui ne permettrait pas aux classes populaires d’être logées en priorité : au nom de la mixité sociale, un effet inverse se produirait. Par ailleurs, il faut également noter que la dimension économique est trop souvent jugée comme critère d’évaluation dans les quartiers sensibles au mépris des aspects culturels. Pour préciser, la sphère politique entendrait plutôt par mixité le brassage des profils économiques que le brassage des profils culturels. Les sociologues préconisent in fine de sortir de ces représentations mythiques afin de les « reconnecter » avec la réalité observable.

Cet ouvrage survole un peu le sujet car il n’a sans doute pas pour vocation d’expliciter globalement le phénomène de l’exclusion sociale. Mais il retrace historiquement le problème et en expose largement les différentes contradictions et effets pervers. La ghettoïsation n’est qu’une forme d’exclusion comme il en existe moult représentations. En France, nos médias abusent de ce mythe au point que les élections présidentielles de 2002 se sont jouées aux contours de celui-ci. Sujet tabou ? Non, surtout pas, et comme le soulignent Jean-Marc Stébé et Hervé Marchal, la mythification des cités-ghettos battra de l’aile pour quelques années encore. Mais ce qui est risqué et nous le savons déjà, c’est la naturalisation du phénomène de l’exclusion sociale par l’intermédiaire de ce mythe. Cela s’imposerait telle une fatalité qu’il faut à tout prix éviter et ne pas affronter.

[1] Etudiant en Sociologie à l’Université de Lille (USTL).

[2] FRAZIER F., Black Bourgeoisie : The Rise of New Middle Class in the United States, New York, Collier Books, 1957.

[3] DEAR M., “Social and Spatial Reproduction of Mentally Ill” in DEAR M., SCOTT A.J. (dir.), Urbanization and Urban Planning in Capitalist Society, Londres, Methuen, 1981.

[4] CATTACIN S., "Why not "Ghettos" ? The Governance of Migration in the Splintering City", in International Migration and Ethnic Relations, vol. II (Malmö University, IMER), 2006.

vendredi, juin 12, 2009

L'élitisme républicain

L’élitisme républicain. L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales
Un ouvrage de Christian Baudelot et Roger Establet (Seuil, coll. "La République des idées", 2009)

Par Pierre Bataille [1]

En cette période où le gouvernement français use et abuse des classements et évaluations pour légitimer sa politique de démembrement du système éducatif, les tests PISA (pour Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) mis en place au niveau des pays de l’OCDE depuis maintenant 9 ans ont de quoi éveiller toutes les craintes. Si l’on rajoute à cela la fâcheuse habitude des principaux médias à n’utiliser que l’information la plus anecdotique (le classement final qui détermine qui sont les « premiers de la classes » parmi les pays concernés), on ne peut à première vue qu’abonder dans le sens d’un certain scepticisme envers ce type de tentative de comparaison internationale en termes d’éducation. Et pourtant PISA ne sert pas uniquement à produire un palmarès des systèmes éducatifs : les résultats de ces tests peuvent aussi éclairer sous un jour nouveau les questions que nous pose notre propre système d’éducation à l’échelle nationale. C’est à nous convaincre de la portée de cette proposition que s’attachent, dans leur nouvel ouvrage, Christian Baudelot et Roger Establet.

Les deux auteurs sont familiers de l’utilisation des données issues de ces tests, qui occupaient déjà une part importante de leur précédent ouvrage [2]. Aussi, le présent livre s’ouvre sur un exposé des méthodes utilisées pour le recueil des données et de la philosophie générale des épreuves. Cette présentation entre d’ailleurs en résonance avec une série d’article déjà parus sur La Vies des idées.fr, site relié à la maison d’édition à l’origine de la parution de ce nouvel ouvrage. Dans cette partie introductive au titre évocateur (« Qui a peur de PISA ? »), les auteurs reviennent aussi sur les problèmes de réception des résultats de ces tests en France, où les résultats de PISA sont souvent perçus comme une tentative d’homogénéisation des modèles éducatifs selon les principes de l’OCDE. Ils proposent alors de prendre une perspective inverse : soit, la philosophie générale à l’origine des test PISA diffère largement de celle qui informe la conception de l’école primaire et secondaire française, mais l’analyse rigoureuse de cette différence et des comparaisons établies grâce à ces tests ne pourrait-elle pas permettre de mieux comprendre les forces et faiblesses de notre propre système scolaire si jalousement gardé ? C’est ici le point de départ de la réflexion des deux auteurs. La suite de l’ouvrage est donc une critique point par point et preuve empirique à l’appui du bréviaire des idées reçues à propos du système éducatif français. Chaque chapitre est organisé autour d’une idée simple qui est par la suite expliquée et discutée à l’aune des résultats obtenus par l’intermédiaire de PISA. Sont ainsi tour à tour interrogés les bienfaits supposés du redoublement (Ch 3), les interactions entre égalité sociale et réussite scolaire (Ch 4 et 5), les liens entre la proportion d’enfants immigrés et la supposée « baisse de niveau général » (Ch 6), et enfin, thème cher au tandem, la question de la non corrélation entre les réussites scolaires féminines et leur orientation vers les filières les plus prestigieuses (Ch 7).

Les analyses des auteurs, comme à leur habitude, sont marquées d’un certain optimisme. La lecture comparée des résultats par C. Baudelot et R. Establet repose sur une hypothèse centrale assez simple à la première lecture : l’élévation corrélative du niveau et du caractère égalitaire du système scolaire profite à toutes et à tous ou, pour le dire autrement, la formation d’élites performantes repose sur un niveau général de formation élevé dans la population. L’intérêt de la démarche des auteurs se situe moins dans le caractère novateur de leur cadre de lecture, dont les grands traits ont largement bien été fixés dans leurs précédents travaux, que dans leur utilisation systématique des données. Une fois explicitée, chaque hypothèse est passée au cordeau de la base de donnée constituée à partir des résultats aux tests et les remarques tirées de cette confrontation viennent enrichir en retour la compréhension du sujet traité. La question de l’efficacité du redoublement est sur ce point exemplaire. La comparaison entre les différents pays concernés montre ainsi très bien combien cette pratique scolaire relativement très répandue en France n’est pas facteur d’amélioration des performances selon les résultats de PISA. De même pour la hiérarchisation scolaire très précoce, elle aussi bien développée dans le système français, le résultats est sans appel : les pays qui pratiquent le moins la ségrégation précoce et favorisent le maintient d’un tronc commun assez tard dans la scolarité sont systématiquement dans le groupe de tête établi par l’intermédiaire PISA. Et les auteurs d’étayer de la sorte leur thèse que la constitution d’un tronc commun solide est plus efficace au final que la mise en place prématurée de filière sélectives.

Certaines des parties sont néanmoins relativement moins abouties et laissent un peu sur la faim, à l’instar du chapitre 5 sur la corrélation entre l’inégalité sociale et l’efficacité de l’école. On manque de détails plus précis sur le fonctionnement concret des différents systèmes éducatifs nationaux, mais on peut sûrement imputer ces remarques à la taille de ce très court ouvrage (118 pages). Le chapitre sur les différences de performances entre filles et garçon est lui aussi assez court. Pour plus de précision sur ce point, on pourra aisément se référer aux précédents ouvrages publiés sur ce sujet par les deux sociologues [3].

Si selon l’adage bien connu la sociologie est un sport de combat, cet ouvrage, parce que fondé sur un travail empirique conséquent et sérieux, est une arme très efficace dans toutes les luttes qui s’engagent pour le présent et le futur de notre système éducatif.

[1] Doctorant en sociologie (LIEGE) à l’université de Lausanne (UNIL).

[2] BAUDELOT C., ESTABLET R., 2007, Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés. Paris : Nathan.

[3] BAUDELOT C., ESTABLET R., 1992, Allez les Filles !. Paris : Éditions Du Seuil ; BAUDELOT C., ESTABLET R., 2001, La scolarité des filles à l’échelle mondiale. in BLÖSS T., La dialectique des rapports hommes-femmes. Paris : PUF, p. 103-124 ; BAUDELOT C., ESTABLET R., 2007, Quoi de neuf chez les filles ? op. cit.

Sources: www.lien-socio.org

jeudi, juin 11, 2009

Les océans ravagés

Greenpeace

Océans

Chargé de campagne Océans Greenpeace France: Emmanuel Buovolo.

Contexte : Pêche destructrice, surpêche, pêche illégale, pollutions en tout genre : les océans sont aujourd'hui dans une crise abyssale. Selon la FAO (Agence des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), 80% des stocks sont pleinement exploités, surexploités ou effondrés.

Enjeux : Création de réserves marines recouvrant 40% des océans.

Solutions :

× Lancement d’un guide des espèces en danger (le cabillaud, le carrelet, le bar, la crevette ou encore le thon rouge. Au total, 22 espèces sont listées), en vente dans les supermarchés français.
× L’adoption, par la grande distribution française, de politiques d’approvisionnement en produits de la mer pêchés et élevés durablement.
× Un moratoire sur : la pêche au chalut de fond, le thon rouge et les requins.
× Des pêcheries durables et équitables.
× Une lutte efficace contre la pêche illégale.
× La création d’un vaste réseau mondial de réserves marines couvrant 40% de la surface globale des océans.

Retrouvez le guide en PDF ici

Source: http://oceans.greenpeace.fr/journee-mondiale-des-oceans-greenpeace-lance-son-guide-«-peche-conduites-dangereuses-»

A.E

mercredi, juin 10, 2009

Barack Obama et son discours au Caire




mercredi, juin 03, 2009

Transphotographiques au Palais Rameau





Artistes exposés:

Filip Singer
Agnieszka Rayss
Jan Brykczynski
Stanley Greene
Florence Lebert
Tomasz Rikaczewski
Julien Glodsten
François Daumerie
Kai Ziegner
Tomas Pospech
Dominique Petersen
Oiko Petersen
Bara Prasilova
Dita Pepe
Manca Juvan
Rafal Milach
Domen Pal
Justyna Mielnikiewick
Andrej Balco
Patrick Demarchelier

mercredi, mai 27, 2009

Problèmes climatiques !

mardi, mai 12, 2009

Twenty Show - Le film


Documentaire réalisé par Godefroy Fouray et François Vautier
Diffusé le 11/05/2009 à 23:15 sur Arte.


Sur fonds musicaux, parfois contrastants, nous plongeons dans une suite de vidéoblogs, présentant les souffrances, les malaises, les réflexions de jeunes d'une vingtaine d'années.
Présenté dans un style amateur, ce dernier s'allie à merveille avec la musique mélancolique. Ces jeunes nous parlent de leur vie, ce qui les tracassent: leurs études, leur carrière ou leurs amours. Il est intéressant de voir ce documentaire car il est original et relève la crédibilité des vidéoblogs qui jusqu'à présent peuvent être considérés comme des outils de voyeurisme ou exhibitionniste.
Ce qui est fabuleux dans Twenty Show c'est ce dont parlent les jeunes, venant d'horizons différents, ayant chacun leur propre personnalité. Le fait que leurs vidéos soient assemblées les une après les autres offre un style singulier. Mais comme nous disions à l'instant, leurs paroles sont éloquentes et si justes. Ils évoquent les problèmes si bien connus de la jeunesse que le portrait va de soi, les jeunes "galèrent" dans des études difficiles et qui n'entraînent pas d'activités, ils ne savent pas quoi faire ni comment s'orienter, ils souffrent de la solitude, ils s'interrogent. Ce bouillonnement laisse perplexe quant à son propre cas et nous immerge de questions sociales.

Arnaud Evrard

lundi, mai 11, 2009

Pas de Quartier pour les Inégalités !















Samedi 9 mai 2009 avait lieu la 5ème édition de l'évènement organisé par l'AFEV: Pas de Quartier pour les Inégalités. Le but de celui-ci est de sensibiliser à la citoyenneté, d'informer les citoyens sur les associations qui luttent contre les discriminations et aussi de passer un moment simple et conviviale en présence d'artistes venant d'horizons variés.

Étaient présentes les associations suivantes: l'AFEV, ASTR, Oxfam France-Agir Ici, ATD Quart-Monde, le Service Social des Jeunes (SSJ), Sida Info Services, l'association Voitures & Co., Spiritek (informations sur les drogues), le Secours Populaire Français, Ara - autours des rhytmes actuels, Cultures de Coeur, Vive les Vacances (VLV), Genepi, le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (Mrap), l'Adice, Éclaireures éclaireuses de France, les Jeunes Européens de France, Amnesty International, le Réseau Education sans Frontière Nord-Pas-de-Calais et Le Pas de Côté.

Les passants pouvaient jouer à la Roue de l'Infortune (c.f photo ci-contre) et tirer une carte qui les amènenaient vers un stand associatif. Chaque carte contenait une thématique précise (éducation, santé, logement, etc.) et dirigeait le joueur vers un défi.

Des musiciens animaient le lieu (fanfares, rap, dance) et même un club de capoeira s'est adonné à une impressionnante démonstration. En attendant le concert de Marcel et son Orchestre, les artistes ont enflammé le centre de Roubaix au profit d'une cause qui ne laissera pas le maire de la ville sans satisfaction.

Des animations avaient lieu dans la Maison des Associations (MDA) de Roubaix . On pouvait s'initier à différents instruments de musique comme le cor. Dans la chapelle, des volontaires représentaient des sketchs illustrant chacun une discrimination tel le sexisme et le racisme. Et enfin, dans les jardins, des jeux coopératifs étaient à la disposition de tous, des plus petits comme des plus grands.



Arnaud Evrard

Super Mario Bros.

Film américain réalisé par Rocky Morton et Annabel Jankel
Produit en 1992

Avec John Leguizamo (Luigi), Bob Hoskins (Mario), Dennis Hopper (Koopa) et Samantha Mathis (Daisy).

Qui ne connaît pas les mythiques jeux video Super Mario Bros ?
Nous retrouvons les deux frères Luigi et Mario pour une aventure des plus folle. Les deux plombiers font la rencontre d'une jeune archéologue nommée Daisy, Luigi va tomber amoureux d'elle et là commence une exploration transdimensionnelle. Ayant atterrit dans une dimension parallèle, les deux frères vont à la recherche de Daisy, kidnappée par Koopa. Ce dernier convoite cette pierre magique qui a pour dessein de réunir les deux dimensions.

Une adaptation cinématographique loin des plus réussie mais qui reste très correcte de part les effets spéciaux et les décors futuristes. On retrouve des acteurs connus qui pourtant ne sont pas si efficaces. Il n'est pas facile de reproduire des personnages de jeux vidéo, cependant, une pointe supplémentaire d'humour n'aurait pas été de mauvais augure. Un film à découvrir pour les fans du jeu et frénétique d'aventure.


Arnaud Evrard